La source : une corde magnétique entre en éruption
Au-dessus d’une région active, une structure magnétique torsadée s’élève, puis entre en éruption. Le champ magnétique du Soleil peut s’y enrouler en une corde magnétique : un faisceau de lignes de champ torsadées. Les arches magnétiques qui le recouvrent le retiennent : c’est sa « cage ». L’énergie s’y accumule au fil des jours. Quand l’équilibre se rompt, la corde s’élève de plus en plus vite et libère cette énergie en quelques minutes à quelques heures. Si la corde franchit sa cage, elle emporte un nuage de plasma magnétisé, l’éjection de masse coronale (EMC) ; sinon, l’éruption reste confinée. Cette configuration, avant l’éruption, est l’objet des travaux de Tahar Amari publiés en couverture de Nature en 2014 et 2018.
Le trajet : l’éjection de masse coronale traverse l’espace
Une éjection de masse coronale atteint en général la Terre en 1 à 3 jours, les plus rapides en moins de 18 heures. Elle quitte le Soleil à des vitesses allant de quelque 250 à près de 3 000 km/s. Une EMC rapide pousse devant elle une onde de choc, qui comprime le vent solaire. Derrière le choc vient la gaine, un plasma dense et turbulent, puis le nuage magnétique lui-même. À l’arrivée, tout dépend de l’orientation de son champ magnétique. Tourné vers le sud, à l’opposé du champ terrestre, il permet au vent solaire de transférer son énergie à la magnétosphère. Toutes les EMC ne visent pas la Terre : seules comptent celles qui partent vers elle, ou l’effleurent.
La tempête géomagnétique commence : le bouclier terrestre est comprimé
À l’arrivée du choc, le bouclier magnétique de la Terre est comprimé côté jour. La magnétosphère, la région où règne le champ magnétique terrestre, tient d’ordinaire le vent solaire à distance, à environ 11 rayons terrestres côté jour. Quand arrivent le choc, puis la gaine dense, la pression du vent solaire est multipliée par vingt environ. Dans l’exemple montré, la frontière de la magnétosphère, la magnétopause, recule de 11 à 6 rayons terrestres environ. Elle passe sous l’orbite géostationnaire (6,6 rayons terrestres du centre de la Terre, soit 35 786 km d’altitude). C’est le commencement brusque de la tempête géomagnétique.
Les satellites exposés à la tempête
Un satellite géostationnaire proche de midi se retrouve hors du bouclier. Il se trouve alors dans la magnétogaine, le plasma du vent solaire choqué, entre la magnétopause et le choc d’étrave. En quelques heures, la tempête géomagnétique s’installe : l’ovale auroral s’étend vers les basses latitudes, la haute atmosphère s’échauffe et freine les satellites en orbite basse. En février 2022, une tempête mineure (Kp 5) a accru la traînée au point de faire perdre 38 des 49 satellites Starlink d’un même lancement.
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Au sol : des courants induits dans les réseaux électriques
Au sol, la tempête fait circuler des courants dans les longues lignes électriques. Sous l’ovale auroral, de puissants courants électriques circulent vers 110 km d’altitude : l’électrojet auroral. Quand il s’intensifie en quelques minutes, le champ magnétique varie au sol et induit un champ électrique dans le sous-sol. Ce champ est d’autant plus fort que les roches sont résistantes, comme celles du Bouclier canadien. Dans les longues lignes à haute tension, ce champ fait circuler des courants quasi continus, les courants induits géomagnétiquement (GIC). Ils entrent dans les transformateurs par leur neutre à la terre et peuvent les saturer. Le 13 mars 1989, le réseau d’Hydro-Québec s’est effondré en 92 secondes, privant le Québec d’électricité pendant neuf heures.
Le cas d’usage énergie
La chaîne complète, à partir de la source
Notre ambition : couvrir toute cette chaîne, de la configuration magnétique du Soleil jusqu’à l’impact sur les satellites et les réseaux électriques. Chaque maillon dépend du précédent, d’une région active jusqu’au courant dans un transformateur. SKEION part de la source. MeshMHD, le modèle magnétohydrodynamique du Soleil développé au CPHT (CNRS / École polytechnique) sous la direction de Tahar Amari, reconstruit en 3D les structures à l’origine des éruptions. Nous construisons cette chaîne étape par étape : d’abord la physique de la source, puis la propagation dans l’espace, jusqu’à l’impact sur les infrastructures.
Le socle scientifique